Fermer le dossier Rapport Accès Public à Internet
Sommaire
  • Les politiques publiques en terme d'espaces publics numériques (EPN)
  • Les EPN en France - Politiques nationales et territoriales
  • Les politiques nationales
  • Les politiques territoriales
  • Les Espaces Publics Numériques et l’Europe
  • Les autres réseaux de l'accès public à internet
  • Bilan général de l'accès public à Internet
  • Principales Problématiques liées aux EPN
  • Diversité de l'offre d'accès public à Internet
  • L'accès public à Internet dans les structures de formation, d'aide à l'emploi et dans les bibliothèques
  • L'accès public à Internet dans les établissements scolaires : écoles, collèges, lycées
  • L'accès public à Internet pour les entreprises
  • Les différents passeports Internet et multimédia dans les EPN
  • Bilan accès public à Internet en Ile-de-France
  • Bilan EPN en Ile-de-France
  • L'Essonne : une politique forte et qui se poursuit
  • Les Yvelines : développement d’un cadrage pour une nouvelle politique d'accompagnement des collectivités
  • Le Val d'Oise : une phase d'expérimentation sur trois ans
  • La Seine-et-Marne : vers l'ouverture des collèges au grand public
  • La Seine-Saint-Denis : des actions ponctuelles faute d'une vraie politique d'accès public
  • Le Val-de-Marne : une nouvelle politique TIC en œuvre depuis 2005
  • Les Hauts-de-Seine
  • Paris : premier bilan pour une politique qui va se poursuivre
  • Résultats globaux de l'état des Lieux
  • Etat des lieux francilien de l’accès public à Internet
  • Bibliographie
  • Webographie
  • Premier état des lieux de l'accès public à Internet en Ile-de-France
  • Annuaire des Espaces Publics Numériques en Ile-de-France
  • Imprimer l'article sous une forme simplifiée ... Envoyer l'article par email à un ami ...
    Principales Problématiques liées aux EPN
    Dans leur démarche globale, l’ensemble des initiatives nationales et territoriales en matière d’accès public à Internet se rejoignent. Elles sont également confrontées aux mêmes grandes questions concernant le fonctionnement de leurs espaces, de leur réseau, de leur pérennité et de leur évolution à terme.

     

    1. Usages et activtés dans les espaces

    D’abord et avant tout conçus dans un objectif de sensibilisation à la micro-informatique et à Internet, les espaces, à l’origine, offraient un accompagnement – du libre service pour ceux qui s’y connaissait déjà un peu – essentiellement, à l’utilisation de logiciels de type traitement de texte, tableur, pour accéder à Internet, faire de la recherche documentaire, consulter des CD-Rom, ouvrir une boîte aux lettres électronique. Des activités telles que la retouche photo, la musique assistée par ordinateur (MAO), la création de site web personnels ou associatifs, etc. pouvaient aussi être proposées en fonction, d’une part des compétences des animateurs à accompagner ce type d’activité, et d’autre part, des demandes du public.

    Les différentes chartes des réseaux territoriaux et nationaux, celle de la MAPI puis de la DUI par la suite, excluent généralement l’activité de jeux en réseau, qui ont tendance à attirer un jeune public averti qui peut mobiliser les machines pendant un long moment. Il arrive cependant que certains espaces autorisent dans un temps donné ou sous contrôle l’accès aux jeux en réseau. Cette restriction n’exclue toutefois pas certains jeux, pour enfants notamment mais pas uniquement, pour leur approche ludique de l’ordinateur et d’Internet.

    Au fil du temps, d’autres activités se sont développées. Soit par l’usage des publics : Chat, recherche autour de la généalogie, achats en ligne, téléchargements, …. soit sous forme d’ateliers organisés par l’espace : montage – démontage de PC, ateliers logiciels libres, accompagnement scolaire, accompagnement des demandeurs d’emplois, services administratifs en ligne, création artistique, … 

    Entre les usages pratiqués dans les EPN en 1998 et la réalité de 2005, on peut constater une évolution d’une tendance à la simple utilisation des outils vers un accompagnement plus "spécialisé" de type services (recherche d’emploi, accompagnement scolaire,…).

    Ceci est lié :

    Au début des politiques publiques en matière d’accès à Internet, il était courant de penser que ces espaces auraient une durée de vie limitée dans le temps. L’idée était que lorsque le taux d’équipement à la micro-informatique et à Internet serait largement développé au domicile et sur le lieu de travail, il n’y aurait plus besoin d’accès public.

    Puis, un peu plus tard, un second courant de pensée était de dire que le mécanisme d’appropriation par le grand public est un processus à long terme et que, quand bien même le public aurait accès à Internet, saurait naviguer et utiliser les différentes fonctions, on se rendra compte que l’on peut faire autre chose avec le numérique et continuer à former, à initier et à proposer des accès publics autour de ces services.

    Aujourd’hui cette dernière vision des choses correspond à la réalité. Savoir se servir du micro-ordinateur pour taper un texte, faire un tableur, savoir envoyer un message et consulter Internet n’est pas une fin en soi. De nombreux services publics ou privés se développent, les fonctionnalités se complexifient, le cadre juridique évolue ainsi que les technologies. Les Espaces Publics Numériques doivent pouvoir continuer à permettre un apprentissage permanent du type "apprentissage tout au long de la vie" et "accompagnement à cet apprentissage tout au long de la vie".

    Les EPN, en s’adaptant à la demande et aux différentes évolutions techniques, sociétales et de services, se voient donc aujourd’hui remplir une double fonction de sensibilisation (qui est loin d’être entièrement accomplie) et d’accompagnement dans l’utilisation de nouveaux services en ligne, que ce soit avec des publics spécifiques (demandeurs d’emploi, par exemple) ou par rapport à une évolution des services (administration en ligne). Sans compter tout le travail de gestion et de maintenance de ces lieux qui leur est demandé. Cette complexification des services n’est pas sans occasionner des questionnements sur les compétences requises des animateurs pour accomplir l’ensemble de ces tâches, sur la charge de travail dans le cadre de contrats de 35 heures, sur la formation et la professionnalisation des animateurs et aussi sur la tendance de certains services publics à reléguer une partie de leurs missions aux Espaces Publics Numériques sous le prétexte de la nécessaire utilisation et connaissance de l’outil informatique !

    Les EPN sont donc aujourd’hui à un tournant à la fois dans leurs missions (à redéfinir précisément) et dans les financements nécessaires à leur fonctionnement (du fait de la suppression du dispositif des emplois jeunes).

    2. Les publics "consommateurs" des espaces.

    Dans le principe, ouverts à tous avec - très souvent - une priorité aux publics les plus éloignés de ces technologies pour des raisons économiques, sociales, géographiques ou culturelles, il s’avère que les publics qui viennent dans les espaces publics sont relativement les mêmes.

    Toutes les évaluations des différents réseaux nationaux et/ou territoriaux d’espaces publics numériques, font le constat que les jeunes représentent le public majoritaire. Très tôt, ils ont investi ces lieux et ils restent encore aujourd’hui majoritaires même si nous pouvons constater une diversification des publics, et notamment de plus en plus – ils étaient cependant déjà présents – de demandeurs d’emploi et des personnes âgées qui souhaitent ne pas être "dépassées" et pouvoir continuer à communiquer et à échanger avec leurs petits-enfants (principale motivation de ces personnes).

    Reste la question des publics dits "éloignés" des technologies qui constituaient une cible prioritaire dans les différentes politiques territoriales et nationales. Les toucher représente une vraie difficulté et demande une démarche appropriée pour, d’une part, leur faire prendre connaissance de l’existence de ces lieux, de ce qu’ils peuvent y trouver et leur apporter et, d’autre part, d’adopter une démarche pédagogique spécifique.

    3. La gestion et l'animation

    Toutes les politiques publiques en matière d’accès public à Internet qui ont vu le jour avant 2002 se sont élaborées en intégrant le dispositif gouvernemental des emplois jeunes qui permettait le financement des salaires des animateurs à hauteur de 80% du SMIC sur 5 ans. Cette politique incitatrice a eu le mérite de favoriser très largement la création d’un grand nombre d’espaces publics numériques au cours des dernières années.

    Cependant, en 2002, il a été mis fin à ce dispositif. Ce qui a eu pour conséquence une tendance à réduire les nouvelles créations d’espaces et, au terme des contrats d’emplois jeunes, à la fermeture d’un certain nombre d’espaces. Bien que s’engageant en connaissance de cause (aide sur 5 années) les collectivités devaient imaginer, soit qu’il y aurait une suite dans l’aide financière de l’Etat, soit que la fonction de ces espaces n’auraient plus lieu d’être (travail de sensibilisation réalisé – premier scénario) à ce terme.

    Ce tarissement des ressources de l’Etat engendre plusieurs problèmes :

    Face à une réalité qui est un besoin renouvelé d’Espaces Publics Numériques et l’avenir incertain d’un grand nombre d’espace existants, il est nécessaire de trouver des solutions qui permettront à ces lieux de poursuivre leur mission tant auprès des publics éloignés, qu’auprès du tout public dans le cadre d’un accompagnement aux nouveaux services et aux évolutions. Quelle économie trouver pour permettre la pérennisation de ces postes et de ces lieux ?

    4. La formation / professionnalisation des animateurs.

    Les animateurs qui ont été embauchés dans les premiers temps de ces politiques n’avaient pas de formation spécifique. Le métier même d’animateur/médiateur de ce type de lieu n’avait pas été clairement défini. Pour cause, les embauches dans le cadre du dispositif des Emplois Jeunes visaient bien les "Nouveaux services, nouveaux métiers" pour lesquels le travail de définition restait à faire.

    Au regard des parcours d’un grand nombre d’animateurs embauchés dans le cadre des Emplois Jeunes, il existe une très grande diversité de formations de base, de niveaux d’études, de compétences réelles que ce soit sur le plan technique ou celui de l’animation, qui constituent les deux domaines de compétences indispensables pour ce travail, ….

    Aujourd’hui, certains de ces animateurs ont eu l’opportunité de se former au cours de leur contrat et possèdent un diplôme de type BEATEP du Ministère de la Jeunesse et des Sports, ou d’autres certificats ou diplômes, comme le DU3mi de l’Université de Limoges, formation  à distance accessible aux animateurs et qui permet d’obtenir un diplôme universitaire. Mais cela n’est pas le cas pour la majorité des animateurs. Faute de temps, souvent, par refus de l’employeur, parfois, ils doivent s’auto-former par leurs propres moyens et selon des orientations qui ne sont toujours pas clairement définies.

    Les compétences nécessaires pour répondre aux évolutions constatées du rôle des espaces publics numériques et de leurs animateurs devraient faire l’objet d’une analyse et de la définition d’un référentiel métier permettant alors le développement de programmes de formations adaptés à leurs besoins.

    Des programmes ont été montés dans certains territoires (Essonne, Nord – Pas de Calais, …) ou réseaux (Cyber-bases) pour définir le métier et/ou proposer des formations en adéquation. Elles sont en parties "dépassées" par l’évolution des fonctions qui leur sont demandées. Des organismes comme le CREPS (Ministère de la Jeunesse et des Sports), l’Université de Limoges (formation à distance) et d’autres encore proposent également des formations, mais chacune a développé son programme sur des bases différentes (même s’il y a, fort heureusement, des points communs).

    5. Un public dit "éloigné" qui reste difficile à toucher.

    Les politiques d’accès public à Internet se sont élaborées dans un souci d’éviter la fracture numérique qui était pressentie avec l’introduction massive de l’informatique dans les entreprises. Aujourd’hui, cette fracture numérique ou fossé numérique existe réellement, et avec le développement rapide des usages et des services en ligne, il devient encore plus urgent de travailler à sa résorption. L’Europe donne des recommandations dans ce sens et engage des programmes pour lutter contre l’exclusion numérique. En France, les pouvoirs publics sont aussi conscients de ce problème et comptent beaucoup sur les EPN – mais pas uniquement heureusement – pour œuvrer en faveur de ces publics.

    Toutefois, agir contre l’exclusion numérique n’est pas une tâche simple.

        - Tout d’abord parce qu’elle est complexe à identifier :

        - Ensuite, parce qu’elle nécessite le repérage "physique" de ces exclus afin de les "amener" à être sensibilisés et formés – parfois contre leur volonté ;

        - Enfin, parce qu’elle suppose des approches diversifiées et appropriées et aussi peut être le développement d’outils spécifiques (interfaces pour les personnes ne maîtrisant pas la langue française, adaptation aux différents handicaps, …).

    L’étude réalisée par des universitaires belges[1] a identifié différents facteurs discriminants qui peuvent entraîner une exclusion numérique : l’âge (les jeunes utilisent plus et plus facilement), le sexe (les hommes sont encore majoritaires), les revenus, le niveau d’étude, la situation professionnelle, la présence ou non d’enfants (qui sont souvent moteurs dans l’achat d’un équipement), les facteurs ethniques, la situation géographique (urbain /rural).

    Par ailleurs, cette étude montre que l’appropriation dépend également des différentes ressources des utilisateurs :

    Les politiques sur l’exclusion numérique doivent donc se poser les bonnes questions et viser les bons objectifs.

    Parmi les espaces publics numériques, des organismes travaillent spécifiquement avec certains de ces publics. Pour exemple, EMMAUS France a ouvert un cyberespace à Paris, pour les personnes sans domicile fixe et en situation de précarité. Toutefois, leur approche suppose que ces personnes soient en capacité de lire et d’écrire. ATD Quart Monde travaille également avec ces publics, avec notamment un projet qui consiste à se rendre auprès des personnes dans la rue. Des organismes spécialisés et équipés accueillent des publics handicapés moteurs ou sensoriels. Mais finalement, quid des catégories de type "les femmes seules avec enfants", qui ont des bas revenus et sans formation, qui se trouvent en rupture de connaissance, et de capacité financière pour s’équiper et se former ? Comment faire en sorte que ces personnes ne soient pas reléguées… faute d’information. Il existe tout un travail amont d’identification des difficultés, de repérage sur le territoire et de développement de méthodes pédagogiques et d’outils pour permettre à ces personnes d’accéder à la société de l’Information. Aujourd’hui, certains EPN arrivent à toucher au travers d’autres activités – comme dans les centres sociaux, par exemple – des personnes qui ne seraient pas venues d’elles-mêmes à l’utilisation de l’ordinateur. Cette approche est possible par le caractère même de la nature du lieu qui accueille certains de ces publics. Le développement de partenariats avec des structures susceptibles de toucher ou travailler avec ces publics, sur le plan administratif par exemple, pourrait constituer un moyen de mieux informer et sensibiliser ces personnes. Mais encore faut-il que les personnels de ces structures soient sensibilisés au TIC.

    Par ailleurs, là encore, il ne suffit pas d’initier ces personnes mais bien de suivre leurs besoins dans la durée en fonction des évolutions des services proposés.

    6. L'animation des réseaux à l'échelle des territoires.

    La plupart des collectivités territoriales qui ont mis en place une politique d’aide aux collectivités locales pour la mise en œuvre d’EPN sur leur territoire, propose également une animation du réseau de ces espaces. Cette animation assure l’organisation de rencontres régulières pour permettre aux élus, animateurs et responsables d’EPN d’échanger ensemble, pour faire intervenir des experts sur des sujets de préoccupation de ces lieux, … Certaines politiques développent également un portail ou plate-forme d’information et d’échange.

    Plusieurs réseaux territoriaux et nationaux d’espaces publics numériques existent et parfois coexistent sur un territoire et il arrive donc que les EPN appartiennent à plusieurs de ces réseaux.

    Malgré ces réseaux d’animation, il semblerait que les échanges entre espaces d’un même réseau restent minimes, surtout de visu. En revanche, les forums, du type de celui EPM Groups, sont une source d’échanges d’information et de compétences très importants qui dépasse le cadre des réseaux constitués par les labels. Le virtuel joue ici son rôle de communication à distance, permettant aux animateurs très pris par leur activité de maintenir un minimum de relations avec les autres. Bien que, si l’on y regarde de plus près, on constate que le réseau fonctionne essentiellement en fonction d’une demande particulière et que ce sont souvent, pour ne pas dire toujours, les mêmes animateurs qui participent à ce réseau, tandis que les autres restent auditeurs / spectateurs, sans participer à l’échange. Ceci renvoi à la problématique du fonctionnement des réseaux.

    La multiplication des réseaux et parfois la redondance de leurs contenus pourraient trouver une solution économique pour les producteurs de l’information et pertinente dans le partage de l’information d’un ensemble de réseaux, par la mutualisation des contenus.

    Par ailleurs, cette multiplicité des réseaux et des labels engendre des problèmes de disponibilité –problème déjà important pour les animateurs qui sont seuls dans leur espace– pour assister et participer aux différentes rencontres et groupes de travail.



    [1] « Internet et inégalités : une radiographie de la fracture numérique » Patricia VENDRAMIN, Gérard VALENDUC. Editions LABOR. 2003.